Il peut être intéressant de faire ses semences pour diverses raisons : elles sont assez chères dans le commerce et cela représente une économie dans le budget jardinage, il est aussi satisfaisant de « faire soi-même » et rassurant d'être un peu plus indépendant...
Cela nécessite un peu plus de travail et d'attention et quelques habitudes nouvelles, car il faut aussi prévoir pas mal de place en plus en raison de certaines plates-bandes ou parties de plates-bandes qui restent occupées pratiquement toute l'année et même, pour les bisannuelles, une année et demie...
En dehors de l'aspect financier, la récolte des graines permet de conserver des variétés anciennes ou peu communes. De plus, cela présente l'avantage de fournir des plantes mieux adaptées à votre terrain (climat et sol) qui seront plus vigoureuses et plus rustiques.
Le repérage
La classification des plantes se basant sur leurs fleurs, il est indispensable d’identifier les espèces lorsqu’elles sont fleuries. De nombreuses plantes sont identifiables, avec l’habitude, à tous les âges. Mais au départ, il est nécessaire de recourir à un guide et donc aux fleurs pour être sûr du nom de la plante. Une récolte sérieuse s’effectue en repérant et en identifiant à l’avance les plantes recherchée, parfois dès la fin de l’hiver.
Il convient d'être méthodique et de noter pour chaque plante l’endroit précis et la date approximative de récolte. La mémoire humaine est faillible, notre expérience nous l'a souvent prouvé : les erreurs et les oublis sont fréquents si l'on ne se fie qu'à elle.
De plus, une plante très abondante au point d'occuper tout le terrain lors de sa floraison peut être beaucoup plus discrète lorsqu'elle est mûre. Ainsi le bouton d'or qui jaunit des prairies entières disparaît sous les graminées. La recherche de ses graines est beaucoup moins évidente que le tapis de ses fleurs ne le laissait penser.
Il faut aussi surveiller régulièrement l'état de mûrissement. Certaines espèces peuvent mûrir très rapidement et simultanément leurs graines. Si la récolte n'est pas effectuée durant les 8 ou 15 jours favorables, on ne trouve plus que des tiges nues ou des gousses vides, comme avec la marguerite ou les vesces.
D'autres au contraire peuvent se récolter sur une période assez longue, comme le claquet ou la bourse-à-pasteur. Certains ont une période de floraison massive, puis se rencontrent en petite quantité durant le reste de la saison, comme le pissenlit.
Récolte des graines
La plupart des semences se récoltent facilement à la main. Les ombellifères sont une bénédiction pour le ramasseur. Elles exhibent leurs graines en haut de leurs ombelles desséchées. Le ramassage est très facile, il n'y a pas de tri à faire et si le temps est favorable, elles sont déjà bien sèches. Des espèces de familles botaniques différentes sont aussi dans ce cas : gaillets, colombaire, benoîte...
Il est souvent nécessaire de briser une capsule (coquelicot) ou une gousse (vesces), de retourner le fruit ouvert par le haut (coucou, millepertuis) au dessus d'un sac en papier. Le tri à faire ensuite pour obtenir des semences propres est minime.
Beaucoup d'espèces par contre doivent subir une décortication ou un battage pour extraire les graines d'une enveloppe, un fruit, etc. Souvent la graine est mûre mais l'enveloppe qui la contient est encore souple. Il faut récolter le tout, faire convenablement sécher, puis battre (bardane, achillée millefeuille) ou décortiquer à la main (centaurées). Un tri est bien souvent nécessaire pour éliminer les nombreux débris qui se mêlent aux graines.
Certaines plantes posent des problèmes : graines mûrissant au fur et à mesure de la floraison étalée de la plante (bourrache), expulsées au loin ou se détachant très vite (géraniums). Dans ce cas, il faut soit placer sous chaque plante un carré de tissu ou de voile sur lequel tomberont les graines et les recueillir régulièrement, soit récolter la plante juste avant maturité totale, l'exposer au soleil dans un récipient pour ainsi recueillir les graines qui mûriront et tomberont à l'intérieur.
Recolte des fruits
De nombreux arbres et arbustes, mais aussi des plantes herbacées comme les morelles, ont des fruits ou des baies charnues.
Ces espèces peuvent être identifiées à ce stade. Les fruits et baies sont facilement repérables, ils restent souvent disponibles plusieurs semaines à plusieurs mois. Les fruits de l'églantier peuvent être ramassés de septembre à mars, même s‘il en reste très peu.
Si vous récoltez des graines pour votre usage personnel, vous pouvez répandre ces fruits dès leur cueillette. Ils pourriront sur place, avec le risque d’être mangés par les oiseaux et autres petits animaux.
Les fruits à la chair farineuse peuvent être mis à sécher entiers. Le plus souvent, il vous faudra en retirer la pulpe. Lorsque c'est un fruit comestible, mangez-le cru même si le goût est parfois insipide (cenelle), âpre (prunelle) ou acide (cornouille). Certains sont très sucrés naturellement (mûre).
C'est l'occasion idéale aussi d'en faire des confitures, sirops ou compotes. Mais recueillez les graines avant toute cuisson ! Réduisez en purée, extrayez le jus et lavez la pulpe pour recueillir pépins et noyaux.
Vous pouvez aussi vous contenter d'écraser les fruits, de mettre cette pulpe dans un récipient rempli au deux tiers d'eau, de le fermer hermétiquement et de laisser fermenter au chaud quelques jours. La pulpe a tendance à remonter et les graines à tomber au fond.
Si vous traitez fruits ou baies toxiques, faites attention aux risques d’intoxication, en surveillant les enfants trop gourmands, en détruisant la pulpe, en lavant les ustensiles utilisés.
Séchage et conservation
L'idéal est de récolter les graines bien mûres et sèches dans la nature en évitant les jours de pluie et la rosée matinale. Ce n'est pas toujours possible lorsque la météo est trop longtemps défavorable ou si la plante doit être récoltée avant d’être totalement mûre.
L’état des semences importe peu si on effectue le semis dès la récolte. Sinon, il est préférable de les faire sécher dans un lieu abrité et aéré, en fine couche sur du papier. Si elles sont humides, il faut les remuer souvent. Les plantes récoltées avant complète maturité des graines, qui interviendra lors du séchage, doivent être suspendues au dessus d'une feuille de papier ou d'un récipient pour recueillir les
graines qui pourront tomber.
Les fruits et baies charnus peuvent être mis à sécher entiers. La chair protège la semence de la déshydratation. Mais lors du semis ou de la stratification, il faut ramollir cette chair et l'éliminer.
Lorsque la chair est trop humide ou trop épaisse (mûre, sureau, pomme) il faut extraire les graines et les faire sécher.
Les graines mélangées à des déchets importants peuvent être nettoyée par tamisage. A l'aide d'un courant d'air, ou d'un sèche-cheveux, vous pouvez faire s'envoler la balle et les déchets légers et ne conserver que les graines plus lourdes.
Les graines bien sèches se conservent dans du papier ou du carton (éviter plastique, verre et métal) dans une atmosphère sèche et fraîche, à l'abri des vapeurs de produits chimiques qui peuvent influer sur le taux de germination (éviter par exemple les meubles en aggloméré dont les colles sont nocives).
Les différentes sortes de graines
La nature, dans sa richesse, a multiplié à l'infini les graines. La taille varie beaucoup : de la graine de digitale, plus petite qu'une tête d'épingle, à la noix, la différence est immense. Elles ont pourtant la même mission : assurer l’avenir de l'espèce en donnant naissance à une nouvelle plante. Le mode de dispersion des graines influe aussi sur leur apparence.
Les paresseuses, comme la bourrache, tombent simplement au pied de la plante.
Les aventurières se laissent emporter par le vent. Elles sont souvent munies d'aigrettes qui les portent dans l'air tel un parachute comme le pissenlit, ou d'appendices les faisant tournoyer comme les érables.
Les resquilleuses s'accrochent au pelage ou au plumage des animaux et aux vêtements, comme la bardane. Elles sont munies de crochets leur permettant de s'arrimer solidement.
Les blindées, cachées au sein d'un fruit, passent par le tube digestif d'un animal, comme le noyau de merise. Sa coque épaisse résiste aux sucs gastriques, mais il ne peut germer que si son enveloppe extérieure a été amollie ou amoindrie.
Les inventives enfin ne comptent que sur elles-mêmes ou utilisent un mode de dissémination personnel. Le géranium herbe-à-robert catapulte ses graines aux alentours en se desséchant. La noix ou la noisette, très nutritives, sont disséminées par certains animaux qui les mettent en réserve puis les oublient
Les astuces
Légumes
- Aubergines : comme la tomate.
- Bette (blette/poirée) : bisannuelle qui monte facilement en graine l'année suivante. A laisser en place - éventuellement protéger un peu du grand froid.
- Betterave : au printemps planter une betterave de l'année précédente. Elle va alors monter en graines.
- Carotte : conserver quelques belles carottes en cave, durant l'hiver. Replanter en février-mars, en espaçant de 60 cm environ. Ne garder que les ombelles, les plus belles et couper les autres. Enlever si possible les carottes sauvages s'il y en a à proximité.
- Céleri (rave, branche, à couper) : les raves doivent être conservés en cave en hiver, puis replantés au printemps. Les autres peuvent rester à l'extérieur, mais en les protégeant des grands froids. Ils montent tous en graine l'année suivant leur semis. Ont tendance à revenir parfois spontanément si les semis tombent.
- Chicorée frisée et scarole : conserver l'une ou l'autre belle en cave en hiver avec une motte, ou dans un châssis protégé, replanter en pleine terre au printemps. Récolte des graines à la fin de l'été.
- Chou pommés : conserver des choux entiers, dont on peut consommer la pomme au courant de l'hiver. En la coupant laisser quelques feuilles sur le trognon. Sur celui-ci, planté au printemps, pousseront des rameaux qui donneront des fleurs puis des graines. Les graines de la base seront les plus grosses et mûriront avant les suivantes situées plus haut sur la tige. Cueillir les cosses à maturité en général juillet (surveiller) juste avant que les graines ne tombent.
- Chou de Bruxelles : on peut laisser en place en hiver. Ne pas récolter les pommes, qui donneront fleurs puis graines. Un peu comme le chou précédent.
- Chou fleur : difficile à réussir (aléas climatiques). Mettre en réserve des graines les années propices... laisser monter à fleur. Pincer l'extrémité des rameaux, les fleurs de la base donneront les semences. Récoltées en août-septembre, un peu avant maturité, puis séchées dans leur cosse.
- Concombre : extraire les graines d'un beau fruit bien mûr. Les laver et les sécher.
- Courge : comme ci-dessus.
- Cresson alénois : monte assez rapidement et facilement en graines.
- Epinards : annuelle ou bisannuelle selon la date du semis. Donne de grosses graines faciles à récupérer.
- Fève : tuteurer les pieds les plus sains et vigoureux pour récolter les semences à pleine maturité.
- Haricot : Les premières gousses mûres fournissent les meilleures semences. Ce sont en fait les haricots que l'on utilise en haricots secs. Choisir les plus gros dans les gousses ayant donné beaucoup de beaux grains.
- Laitue, Romaine : pour les laitues de printemps on laisse monter en graines l'une ou l'autre belle (éventuellement tuteurer). Couper à maturité et faire sécher à l'ombre puis battre ou égrener à la main.
Les laitues d'automne et d'hiver doivent être protégées pendant la mauvaise saison à l'aide de paille ou de feuilles. Elles montent en graines l'année suivante.
- Mâche : laisser les plus belles en place. Elles montent en graine l'année suivante. Les graines tombent très facilement : arracher avec un peu de terre juste avant pleine maturité pour faire sécher à l'ombre et battre ensuite.
Les graines de mâche âgées de deux ans germent mieux que les semences nouvelles.
- Melon : voir concombre.
- Navet : planter un navet de l'année précédente, qui va monter en graine. Faciles à récolter mais surveiller car tombent facilement à maturité.
- Oignon : récolter de beaux bulbes à maturité. Conserver à l'abri à basse température afin qu'ils ne redémarrent pas trop vite. Planter au printemps. Tuteurer ensuite. On peut récolter en coupant la hampe entière que l'on conserve telle que, suspendues en botte s'il y en a plusieurs.
- Panais : comme la carotte.
- Persil : il monte en graine l'année suivant le semis. Protéger éventuellement un peu la racine par grand froid. Les graines sont bien accrochées et doivent être enlevées manuellement.
- Poireau : on peut laisser en place ou mettre en jauge pendant l'hiver pour replanter au printemps. Monte au printemps. Un peu comme l'oignon, les graines mûrissent et tiennent bien sur pied. Eventuellement tuteurer. Attention : une fois récolté il n'est plus évident de les distinguer des oignons... Il faut donc bien les marquer, si on conserve les deux simultanément.
- Pois : voir haricots.
- Pomme de terre : utiliser des pommes de terre de taille moyenne que l'on met de côté dans des clayettes dès leur récolte, dans un local frais (cave). On plante lorsqu'elles germent au printemps. On peut aussi planter tous les restes de pommes de terre qui se mettent à germer au printemps, et l'on peut même couper en deux les grosses qui comportent suffisamment de germes.
- Potiron : voir concombre.
- Radis : font des graines à la fin de l'été pour les radis semés au printemps. Pour les radis d'hiver on garde en cave et l'on plante le radis au printemps suivant, afin qu'il monte en graine au printemps. Graines en été.
- Tomate : prendre les pépins de belles tomates et les extraire, les laver et les sécher.
- Topinambour : planter des topinambours, en ayant soin de choisir les biens gros ronds et réguliers. Ils reviennent ensuite tout seuls car il en reste toujours dans le sol. Pour démarrer un peut acheter des topinambours dans le commerce.
Médicinales et condimentaires
Ces plantes gagnent à être multipliées par éclats, marcottage, mais aussi semis. Pour certaines cependant les semences sont extrêmement petites et parfois difficiles à récupérer, mais aussi, pour les méridionales, elles n'arrivent pas à bonne maturité en raison d'une fin de saison précoce (nord de la France).
- Aneth : graines en été. Faciles à récupérer.
- Anis : graines fin d'été.
- Basilic : graines en été ou fin d'été (peut ne pas mûrir si froid précoce ou semis tardif) demande de l'attention afin qu'elles ne tombent pas de leurs « cossettes » ou que le tout ne moisisse pas (partie nord de la France).
- Camomille : se reproduit en principe toute seule. Pour cela laisser se faner les fleurs sur place. On peut transplanter ailleurs les plants qui viennent spontanément au printemps. Attention peut se transformer en « mauvaise herbe ».
- Capucine : ramasser les grosses graines après les fleurs fanées, au courant de l'été et surtout en automne, la capucine étant une fleur assez tardive. Peut se ressemer toute seule.
- Cerfeuil : annuel ou bisannuel selon le moment du semis. On récupère facilement les graines longues et noires en laissant mûrir après la floraison. Parfois tuteurer.
- Ciboulette : les graines viennent facilement après les fleurs, aussi multiplication par division des touffes.
- Coriandre : monte facilement en graine dans l'année. S'utilise en vert (c'est le persil arabe) ou en graines. Graines bien fixées doivent être enlevées manuellement : sécher d'abord en bouquets suspendus.
- Estragon vrai : éclats (ne fait pas de graines)
- Estragon de Russie : odeur et goût plutôt discrets (par rapport à l'estragon vrai). Devient deux fois plus grand que le précédent. Fait des fleurs puis des graines. Mais multiplication plus facile par éclats de touffes. Plus prolifique et résistant que le précédent, mais moins prisé : on l'accuse de n'avoir aucun goût.
- Fenouil : graines en fin de saison.
- Laurier : multiplier par souches-boutures.
- Marjolaine vraie : graines très petites et pas évidentes à faire mûrir dans la moitié nord de la France. (?)
- Origan : vivace, on peut facilement diviser les touffes ou replanter des rejets.
- Mélisse : division des touffes. Se sème aussi spontanément.
- Menthe : racines rampantes, facile à diviser : peut même devenir une « mauvaise herbe ».
- Oseille : on peut diviser les touffes ou récolter les semences en été.
- Raifort officinal : se ressème facilement de lui même ou récolte des semences en été.
- Raifort racine : multiplication facile par éclats de racines.
- Romarin : pas facile de faire des graines dans la partie nord de la France. Peut se multiplier aussi par éclats de touffes, boutures, marcotte au printemps ou en automne.
- Sarriette annuelle : se ressème spontanément.
- Sarriette vivace : de préférence boutures.
- Sauge : graines faciles à récupérer en été. Mais tombent facilement si mûres. Boutures à la fin du printemps.
- Thym : se ressème de lui même dans de bonnes conditions (moins facilement dans le nord). Sinon éclats de touffes, boutures.
|